Les éditeurs prédateurs : le côté obscur de l’Open Access

Mis à jour le 20 février 2017

Qu’est-ce qu’un éditeur prédateur ?

Parmi les voies de publication en Open Access (OA), le modèle « auteur-payeur » (voie dorée ou gold) s’est beaucoup développé. Dans ce modèle, l’auteur s’acquitte de frais de publication. La consultation est ensuite libre sur le web. Ce modèle est désormais proposé par la majorité des éditeurs scientifiques (Elsevier, Springer,…) permettant ainsi aux chercheurs de diffuser  leurs productions en OA tout en conservant les garanties de qualité et de visibilité le plus souvent attachées à ces revues.

Ce modèle entraîne certaines dérives : des éditeurs acceptent beaucoup de manuscrits, pour ainsi faire grossir leur chiffre d’affaire. Cela au détriment de la qualité (peer reviewing peu rigoureux en particulier). Certains pratiquent des démarchages massifs auprès des scientifiques (spam) et les jeunes chercheurs sont particulièrement visés, avec par exemple des propositions spécifiques concernant l’édition de leur thèse.
Ces pratiques sont largement dénoncées, mais que faire lorsqu’on est contacté par un tel « éditeur prédateur » (predatory publisher) ?

Exemple de message invitant à soumettre chez l’éditeur « Horizon Publishing » : EditeursPredateurs1

Comment les reconnaître et s’en protéger ?

Pour vous aider à savoir si une revue est fiable, la campagne Think Check Submit http://thinkchecksubmit.org/ recommande de vérifier différents points. Cette campagne est menée par des acteurs majeurs de la communication scientifique (Biomed Central, Committee on Publication Ethics COPE, Open Access Scholarly Publishers Association OASPA, Directory of Open Access Journals DOAJ, Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition SPARC, Springer Nature, etc…).

Nous nous sommes inspirés de cette liste pour vous proposer les critères de vérifications suivant :

  • Est-ce que vous ou vos collègues connaissez la revue ? Avez-vous déjà lu des articles parus dans cette revue ?
  • Pouvez-vous identifier et contacter facilement l’éditeur scientifique ? Est-ce que son nom apparaît clairement sur le site de la revue ?
  • Connaissez-vous l’équipe éditoriale ? Sont-ils des scientifiques reconnus dans leur domaine?
  • L’éditeur est-il membre d’une association d’éditeurs reconnue comme :
  • Est-ce que le procédé de relecture par les pairs utilisé par la revue est clairement décrit
  • Les articles sont-ils indexés dans les services (bases de données bibliographiques Web of Science, Pubmed…) que vous avez l’habitude d’utiliser ?
  • La revue est-elle présente dans le répertoire des revues en accès libre (DOAJ) https://doaj.org/ ?
    • Le DOAJ maintient depuis le 1er janvier 2014 une liste des revues ajoutées ou retirées sur une feuille de calcul Google (liste accessible à l’adresse suivante https://doaj.org/faq#list).
    • Pour les revues retirées (onglet « removed »), les raisons sont précisées (« Revue n’est plus en OA, Revue inactive, N’a pas publié assez d’articles dans l’année, A cessé de publier, Site web ou URL ne fonctionne plus, Mauvaise conduite de l’éditeur suspectée, La revue n’adhère pas aux bonnes pratiques »).
    • Par ailleurs, un “DOAJ Seal” est attribué aux revues démontrant une grande rigueur en matière de processus de publication (voir onglet « added »).
  • Les coûts de soumission apparaissent-ils clairement ? Est-ce que le site de la revue explique bien à quoi va servir le montant demandé et quand il sera débité ?

Qui peut vous aider à l’Inra ?

La vérification de l’ensemble de ces critères peut être longue et difficile. Nous vous invitons donc à vous rapprocher de votre documentaliste de proximité ou de notre service Question/Réponse http://ist.blogs.inra.fr/questionreponses/ pour vous aider.

Le service Question/Réponse en IST répond en effet régulièrement à des demandes de chercheurs ayant été contactés par certains de ces éditeurs. Nous avons ainsi déjà signalé des éditeurs ou journaux comme ne répondant pas aux critères de confiance précédemment évoqués :

–    Revue Natural Science (éditeur Scientific Research Publishing)
–    InTech
–    Presses Académiques Francophones (PAF)
–    Research Media
–    VDM Verlag et leurs filiales comme les Éditions Universitaires Européennes
–    International Journal of Plant Genomics
–    Organisateur de congrès Omics
–    Organisateurs de congrès prédateurs (WASET)

Pour aller plus loin :

  • Le bulletin trimestriel de veille « Publier la science », édité par la cellule d’assistance à la publication scientifique du département Environnement et Agronomie, sélectionne régulièrement des informations à ce sujet. Elles sont regroupées dans la rubrique Open Access. Le site du bulletin : http://www.inra.fr/caps-publierlascience. Pour vous abonner au bulletin, contacter : caps.departea@orleans.inra.fr.

A noter

Pour vous aider à reconnaitre les éditeurs prédateurs, nous vous recommandions auparavant de consulter le site de référence sur le sujet, animé par Jeffrey Beall, bibliothécaire à l’université du Colorado : http://scholarlyoa.com. Il y maintenait une « liste noire » des éditeurs et revues peu recommandables, et y publiait l’ensemble des critères sur lesquels il s’appuyait pour les qualifier.
Toutefois mi-janvier 2017, le site a disparu. L’université du Colorado a communiqué sur cette disparition : “The University of Colorado Denver confirmed in a statement to CTV News Friday that Beall has “decided to no longer maintain or publish his research or blog on open access journals and ‘predatory publishers.
Source : http://www.ctvnews.ca/health/website-tracking-so-called-predatory-publishers-taken-offline-1.3251792
Il est pour le moment encore possible de consulter des versions archivées de certaines pages du site sur archive.is et sur archive.org :
– Editeurs prédateurs : is | Archive.org
– Journaux prédateurs : is | Archive.org
– Journaux piratés : is | Archive.org
– Entreprises proposant des métriques discutables : is | Archive.org
Source : https://debunkingdenialism.com/2017/01/16/what-happened-to-jeffrey-bealls-list-of-allegedly-predatory-publishers/
Mise en garde : le site a été copié avec une adresse similaire par un groupe appelé « Friends of Open Access ». Ce site contient de nombreuses accusations contre Jeffrey Beall http://scholarlyoa.net/beall_list.htm
Certains sites parlant de la disparition du site de Jeffrey Beall, évoquent en remplacement l’éditeur Cabells https://www.cabells.com/. Cabells est un ensemble de services payants pour les auteurs. Cabells propose notamment une « white list » de journaux constituée à partir de critères de sélection propres, de la liste de Jeffrey Beall de 2014, et des journaux exclus du DOAJ et de l’OASPA.