Une thèse au sujet du crowdsourcing et des bibliothèques numériques

By James Montgomery Flagg (http://www.usscreen.com/american_spirit/) [Public domain], via Wikimedia Commons

By James Montgomery Flagg (http://www.usscreen.com/american_spirit/) [Public domain], via Wikimedia Commons

Les bibliothèques ont déjà eu recours à l’externalisation de certaines tâches de saisies de notices bibliographiques, de catalogage, d’indexation ou encore de correction de l’OCR auprès de prestataires dans des pays où la main d’œuvre est dite à bas coût. Cette externalisation est demeurée dans un cadre contractuel et limité et n’a pas bouleversé en profondeur le mode de fonctionnement sur lequel repose les bibliothèques. Mais, avec le développement du crowdsourcing, il pourrait être envisagé d’externaliser (« outsourcing ») certaines de ces tâches, non plus auprès de prestataires, mais auprès de foules (« crowd ») d’internautes et donc de faire faire une partie du travail des professionnels par des amateurs. Le « crowdsourcing » modifie ainsi le paradigme sur lequel repose des bibliothèques encore largement centrées sur la constitution et la conservation de collections. Il modifie également le rapport entre les producteurs d’un service que sont les bibliothécaires et ses consommateurs que sont les usagers, ces derniers devenant également des producteurs actifs du service. Le crowdsourcing pourrait aussi interroger les politiques documentaires des bibliothèques qui anticipent les besoins dans une logique d’offre qui n’est pas directement et immédiatement déterminée par la demande. C’est particulièrement le cas avec la numérisation à la demande par crowdfunding, une forme de crowdsourcing faisant appel, non pas au travail des foules mais à leurs ressources financières ou avec l’impression à la demande qui lui est indissociable. Avec ces modèles économiques à la demande, la politique documentaire est finalement partagée avec les usagers qui décident de ce qui sera numérisé et/ou imprimé. Les collections deviennent ainsi l’œuvre des usagers.
Cette thèse cherche tout d’abord à apporter des éléments de réponse à la question du recours au crowdsourcing à destination des professionnels des bibliothèques. Elle a également pour objectif scientifique d’apporter une contribution originale à la connaissance du crowdsourcing sur le plan théorique et conceptuel autour des modèles économiques.  Enfin, elle livre des résultats et des analyses originales dans le cadre d’une expérimentation autour d’un projet de numérisation à la demande par crowdfunding.
La première partie conceptuelle de la thèse aborde les représentations philosophiques, politiques, économiques du crowdsourcing et ses conséquences sur le mode de fonctionnement des bibliothèques. Cette partie conceptuelle contient, en particulier :
–    une discussion critique à propos de la définition de crowdsourcing ;
–    une chronologie originale de ses origines historiques ;
–    une analyse au sujet de ses origines conceptuelles auprès de courants philosophiques parfois diamétralement opposés et, en particulier, un apport conceptuel autour de la loi de la valeur ;
–    une réflexion sur le concept de sagesse des foules ;
–    une analyse des diverses critiques du crowdsourcing appliqué aux bibliothèques numériques que certains pourraient qualifier, aujourd’hui, de « ubérisation » des bibliothèques numériques.

La seconde partie contient une sélection de projets par types de tâches avec :
–    la mise en ligne et la curation participatives ;
–    la numérisation et l’impression à la demande sous forme de crowdfunding ;
–    la correction participative de l’OCR et la transcription participative de manuscrits ;
–    et enfin, la folksonomie.
Cette partie contient des données et des informations récoltées dans la littérature pour chaque projet. Un panorama plus exhaustif des projets est fourni en annexes.
Des analyses originales pour chaque grand type de projets sont données en conclusion de cette seconde partie.

En troisième partie des analyses du point de vue des sciences de l’information et de la communication sont proposées avec, en particulier :
–    une taxonomie originale du crowdsourcing en bibliothèque numérique distinguant crowdsourcing explicite (ou conscient) bénévole et rémunéré, crowdsourcing implicite (ou inconscient), gamification et crowdfunding ;
–    une analyse des motivations des bibliothèques et des conditions nécessaires au développement de projets de crowdsourcing ;
–    une taxonomie des motivations des internautes qui contribuent à leurs projets ;
–    des analyses sur les récompenses et rémunérations éventuelles ;
–    un éclairage à propos de la communication nécessaire au recrutement ;
–    des développements sur le community management spécifique de ce type de projets ;
–    des analyses sur la question de la qualité et de la réintégration des données produites ;
–    et enfin, une réflexion sur l’évaluation des projets de crowdsourcing.    .

En quatrième partie, les principaux apports originaux conceptuels développés au cours des parties précédentes de la thèse sont récapitulés, résumés et mis en avant.

Pour finir, la cinquième partie, débouche sur des expérimentations conduites autour du crowdsourcing avant le doctorat (à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse avec Wikisource, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève avec le projet de plateforme de crowdsourcing de Sorbonne Paris-Cité) et surtout, dans le cadre du doctorat.
C’est, en particulier, autour de Numalire, un projet de numérisation à la demande par crowdfunding qu’ont été faites la plupart de nos expérimentations. Cette partie contient la description et les résultats du projet et les propositions d’améliorations du projet dans lequel nous sommes intervenu à la fois en tant que partenaire d’une institution participante, porte parole des bibliothèques participantes, veilleur, et consultant spécialiste du crowdsourcing.

Cette thèse a été soutenue le 10 octobre 2016 et a obtenu la mention “très honorable”.

Directeur de la thèse M. Imad SALEH Professeur à l’Université Paris 8 – Saint-Denis
Co-Directeur de la thèse M. Samuel SZONIECKY Maître de Conférences à l’Université Paris 8 – Saint-Denis
Rapporteur Mme Ghislaine CHARTRON Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers
Rapporteur M. Stéphane CHAUDIRON Professeur à L’Université Charles-de-Gaulle, Lille 3
Examinateur Mme Céline PAGANELLI Maître de conférences – HDR à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3
Examinateur M. Alain GARNIER Directeur Général de la société Jamespot

ANDRO, M. (2016). Bibliothèques numériques et crowdsourcing : expérimentations autour de Numalire, projet de numérisation à la demande par crowdfunding (Thèse de doctorat, Université Vincennes Saint-Denis (Paris 8), FRA).
http://prodinra.inra.fr/record/373583

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