Archives de l’auteur : Mathieu Andro

Une thèse au sujet du crowdsourcing et des bibliothèques numériques

By James Montgomery Flagg (http://www.usscreen.com/american_spirit/) [Public domain], via Wikimedia Commons

By James Montgomery Flagg (http://www.usscreen.com/american_spirit/) [Public domain], via Wikimedia Commons

Les bibliothèques ont déjà eu recours à l’externalisation de certaines tâches de saisies de notices bibliographiques, de catalogage, d’indexation ou encore de correction de l’OCR auprès de prestataires dans des pays où la main d’œuvre est dite à bas coût. Cette externalisation est demeurée dans un cadre contractuel et limité et n’a pas bouleversé en profondeur le mode de fonctionnement sur lequel repose les bibliothèques. Mais, avec le développement du crowdsourcing, il pourrait être envisagé d’externaliser (« outsourcing ») certaines de ces tâches, non plus auprès de prestataires, mais auprès de foules (« crowd ») d’internautes et donc de faire faire une partie du travail des professionnels par des amateurs. Le « crowdsourcing » modifie ainsi le paradigme sur lequel repose des bibliothèques encore largement centrées sur la constitution et la conservation de collections. Il modifie également le rapport entre les producteurs d’un service que sont les bibliothécaires et ses consommateurs que sont les usagers, ces derniers devenant également des producteurs actifs du service. Le crowdsourcing pourrait aussi interroger les politiques documentaires des bibliothèques qui anticipent les besoins dans une logique d’offre qui n’est pas directement et immédiatement déterminée par la demande. C’est particulièrement le cas avec la numérisation à la demande par crowdfunding, une forme de crowdsourcing faisant appel, non pas au travail des foules mais à leurs ressources financières ou avec l’impression à la demande qui lui est indissociable. Avec ces modèles économiques à la demande, la politique documentaire est finalement partagée avec les usagers qui décident de ce qui sera numérisé et/ou imprimé. Les collections deviennent ainsi l’œuvre des usagers. Continuer la lecture

Le financement participatif (crowdfunding) de projets scientifiques et de la numérisation du patrimoine imprimé de l’Inra

De manière générale, le crowdsourcing ou « approvisionnement par la foule » consiste à externaliser un travail, généralement sous la forme de micro-tâches, et après un appel à participation, auprès d’une foule indéterminée d’internautes qui bénéficieront de contreparties (développement personnel, récompenses, distraction, e-reputation, altruisme…). Au niveau scientifique, le projet www.galaxyzoo.org, par exemple, a permis à un million de photographies d’astronomie d’être ainsi qualifiées par près de 100 000 internautes afin de produire une classification scientifique sans équivalent. Le projet fold.it, quant à lui, a permis d’améliorer la connaissance du repliement des protéines grâce à l’intelligence humaine collective mobilisée autour de jeux de puzzles (on parle dans ce cas de « gamification »).
Plus spécifiquement, le financement participatif (ou crowdfunding), qui est une forme de crowdsourcing, consiste à faire financer un projet par des internautes mécènes qui peuvent d’ailleurs parfois en attendre des retours sur investissements. Appliqué à la recherche scientifique, dans un contexte financier parfois difficile, le crowdfunding peut permettre de financer, à hauteur de quelques milliers d’euros, des petits projets exploratoires ou à la marge comme le rappelle l’institut de Recherche pour le Développement (IRD) qui vient de se prononcer à son sujet et de mettre en garde contre l’absence d’évaluation par les pairs.
Si le risque de voir financer des projets farfelus ou sensationnels est souvent évoqué, la collaboration entre professionnels et amateurs est souvent source d’innovations, le nombre de celles étant issues d’amateurs étant en forte croissance. 46 % des entreprises américaines dans des domaines innovants auraient ainsi pour origine un utilisateur (d’après Von Hippel, E., Ogawa, S., de Jong, J. P; J. (2011). The Age of the Consumer-Innovator. Magazine: Fall Research Feature).
Cette collaboration pourrait également être l’occasion pour les institutions de recherche de mieux communiquer et impliquer le grand public. Parmi les sites spécialisés dans le financement participatif de projets scientifiques, on peut citer Kickstarter, RocketHub, FundGeek, microryza.com, petridish.org…
La Direction de la Valorisation / Information Scientifique et Technique (DV /IST) de l’Inra, participe elle-même à un premier projet expérimental de crowdfunding, en proposant aux internautes de participer au financement de la numérisation de tel ou tel livre parmi un peu plus de 2000 livres anciens extraits de son catalogue collectif de bibliothèques BeLinra. Le service Numalire, porté par la société Yabé, permet ainsi à des chercheurs, à des historiens des sciences ou à des érudits de pouvoir bénéficier d’un service de reproduction numérique de livres qui sont par ailleurs bien souvent difficilement accessibles. Des mécènes ou des investisseurs pourraient également être intéressés par la possibilité de financer la numérisation de tel ou tel titre susceptible de générer, en retour sur investissement, un trafic web parfois important. De son coté, la DV / IST offre ainsi un service nouveau sans avoir à en supporter le coût, elle enrichit la bibliothèque numérique de l’Inra et ouvre, au grand public, sa politique documentaire d’identification et de sélection des ouvrages qui, au sein de son patrimoine documentaire, méritent d’être numérisés. De surcroit, ce projet, sans enjeu scientifique, de valorisation des connaissances ne souffre pas des inconvénients d’absence d’évaluation par les pairs, les documents numérisés ayant déjà été publiés, il y a parfois fort longtemps.
Pour aller plus loin : http://www.perlsteinlab.com/tag/crowdfunding